L'épopée épique et fantastique d'un shasseur de Pokémon légendaires.



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Attention, vous entrez dans le domaine méconnu et incompris de la shasse de Pokémon.
Bienvenue dans un univers où tous les gestes et les rituels les plus bizarres sont autorisés, voire complètement banalisés. 
Nous ne mordons pas, mais faites attention tout de même à ne pas trop faire de gestes brusques. 

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Préface : Les termes "shasse", "Pokémon shiny", et "reset" ne te disent rien ? Ça tombe bien, cet article est une introduction sur le sujet pour initier les newbies débutants à cette pratique ancestrale qu'est la capture de monstres de poche brillants.
Pour les habitués qui n'ont pas besoin de tutoriel, sortez le pop corn et le Coca, car tout démarre... Maintenant !


Aujourd'hui, j'ai envie de me remémorer des vieux souvenirs de lycée*, alors on va faire comme dans les dissertations : toute bonne introduction se doit d'avoir une définition juste histoire de faire bien.
*le dinosaure qui sommeille en moi a parlé.
Donc.

Définition de Masochisme (n.m) : resetter sa console en boucle pendant un temps indéterminé -mais souvent relativement long- juste pour avoir un Pokémon qui possède une palette de couleurs différente de sa version habituelle. Synonyme : Shasse.

Mais attention : quand je parle de la Shasse, je ne me réfère pas au Safari des Amis des versions X et Y ou de la technique de la Pêche à la Chaîne dans Rubis Oméga et Saphir Alpha. En effet, ces méthodes, appelées par ceux de la première heure "la shasse pour lopettes", n'apporteront que dédain et indifférence de leur part si vous avez le malheur de vouloir exhiber vos trophées obtenus par ces biais.
Non, ce qui impressionne les joueurs, c'est la Ssssshhhhasse *postillonne* avec un S majuscule. Que ça aille du petit cousin Kévin de 10 ans avec son Action Replay jusqu'au vétéran endurci qui a joué à toutes les versions quand elles étaient à la mode, tous restent émerveillés devant des Pokémon légendaires chromatiques. Car ils en IMPOSENT. Oui, oui, même Kyogre shiny qui passe d'un bleu océan à un rose fuschia très viril.

(C'était l'intervention de Kyogre shiny.)

Ici, on va justement s'intéresser aux coulisses de ce travail acharné. Au programme : préparation intensive parfois cadrée au millimètre près, moments d'espoir, de folie, et d'ennui, désespoir, bonheur, dépression, hystérie. BON SANG DE BOIS QUE C'EST EXCITANT.

Définitivement, My Pokémon Ranch ne rend aucun Pokémon crédible.
Ce qui devait ressembler à un puissant dragon céleste anthracite n'est plus qu'un 
boudin noir avec un grand sourire kawaii.








Bien faire ses préparatifs

Comme les sports de compétition, il faut tout un ménagement mental et physique avant de se lancer dans le challenge pur et dur (enfin ne commencez pas non plus à faire des étirements, il ne faut pas exagérer tout de même). Car sauf si vous avez un sacré goût de l'aventure, on ne part jamais à la shasse sans passer par trois étapes :


1) Choisir sa cible (c'est un bon début)
Sur quel Pokémon légendaire va t-on jeter son dévolu ? Un fuyard qui s'amuse à faire le tour de la carte et qui passe partout sauf sur votre route, un fixe qui attend sagement qu'on vienne le déranger, ou un qu'on croise au cours de l'aventure et qui force le joueur à se retaper une nouvelle partie entière juste pour le shasser ?

"Bonjour, je suis une sainte horreur à shasser."

Il faut aussi que le Pokémon shiny soit au moins aussi classe que dans sa version originale. Après, tout ça c'est subjectif. Mais cela permet de se trouver une motivation pour se dire que ça vaut franchement le coup de passer des dizaines d'heures à reseter et se torturer les pouces pour un tas de pixels colorés.
Et enfin il faut bien faire attention, surtout si le jeu est sorti récemment car c'est de plus en plus fréquent, à ce que le Pokémon ne soit pas Shiny-Lock, c'est à dire que sa version chromatique soit bloquée car il apparaît dans une cinématique au cours de l'aventure. Je préfère prévenir maintenant car des tas de gugusses ont par exemple tenté de shasser Xerneas sur leur version X pendant des dizaines d'heures avant de se rendre compte de leur bourde.

Exemple de Pokémon plus beau en forme shiny.
(Oui, je voulais juste vous présenter ma petite Comète )


2) Prendre une équipe optimale pour la capture
Bien évidemment, il est déconseillé de se pointer devant un monstre qui contrôle des trucs aussi anecdotiques que le temps, l'espace ou le néant avec six Keunotor niveau 5.


Le cri de déception dans la foule que vous venez 
d'entendre provient du fan club de Keunotor.

C'est pour cela que la sélection du chef (c'est à dire moi) vous propose de prendre avec vous :
-Un Pokémon qui encaisse les attaques sans broncher et qui ne fait pas trop mal, car ce serait ballot de perdre le Pokémon chromatique sur un bête coup critique. Le meilleur moyen est d'avoir l'attaque Faux-Chage qui permet de conserver 1PV à coup sûr.
-Un Pokémon qui peut endormir ou paralyser. Oubliez l'empoisonnement et la brûlure, on est là pour le capturer, pas le laisser crever à petit feu.
-Une place libre dans l'équipe pour admirer notre trophée juste après sa capture. Cela évitera qu'il soit transféré automatiquement dans le PC, donc il faut avoir la CS Vol sur soi, trouver un Centre Pokémon, entrer dans le Centre Pokémon, allumer le PC, choisir la session de Machin, chercher et trouver le Pokémon légendaire au milieu de tout ce qu'on a capturé précédemment, c'est à dire des dizaines de boîtes remplies de façon parfois anarchique, etc.
-Pour ceux qui shassent le légendaire fuyard, vous pouvez vous procurer un Pokémon avec le talent Marque Ombre pour l'empêcher de fuir. Mais ce n'est pas obligatoire, après tout on a juste besoin de checker s'il est shiny ou non. le voir détaler à chaque rencontre rendra le challenge encore plus trépidant !

Maintenant que tout est prêt, on sauvegarde devant la bête. Mais qu'importe la préparation de son équipe, en situation réelle on aura toujours l'impression que ça ne passera jamais et que ça va être un gros fail.

Métaphore du shasseur devant un Pokémon shiny.


3) Le premier essai de capture...
...Afin de se faire une petite idée de la galère qui nous attend quand on devra le capturer pour de vrai : est-il difficile à attraper ? Quelles sont ses attaques ? Certaines d'entre elles ont-elles des dégâts de recul ou rendent-elles le Pokémon confus ? A-t-on le temps de le mitrailler de Pokéballs très longtemps avant qu'il n'arrive à Lutte ? Rien n'est à laisser au hasard. Attention à ne pas oublier de prendre le stress en compte car sur le coup il peut nous arriver de faire n'importe quoi.

Ou alors, on peut se renseigner sur son taux de capture, ses attaques et tout le reste en passant directement par Internet, mais rien ne vaut la mise en situation (le shasseur aime se compliquer la vie).

Mauvaise idée du jour : shasser Entei ou Raikou dans Rouge Feu/Vert Feuille. 
Car ils ont Hurlement. Et après avoir fait cette attaque, ils ne reviennent JAMAIS.








La lancée dans la grande épopée : « I'm going on an adventure ! »

Mettons les choses au clair : quand on commence à shasser un Pokémon, celui-ci devient le nouvel amour de notre vie.
Au début, la motivation est à son comble et c'est un euphémisme : on acquiert rapidement une admiration sans bornes pour le Pokémon choisi, qui est suivie par une recherche intensive d'images trop classes de lui sur le web pour absolument se persuader que décidément on a fait le bon choix et que c'est lui le plus beau Pokémon du monde, pas un autre. Bref, on assume pleinement qu'on est quelqu'un de goût.
Puis régulièrement, on se fait baver devant notre écran d'ordi pour engendrer des pics de motivation : la recherche de son sprite shiny permet de se dire "Non mais vous vous rendez compte qu'un jour je vais tomber sur cette beauté rolala quelle chance", tandis que le visionnage de vidéos Youtube de streameurs veinards tombés sur le Pokémon chromatique en question sert uniquement à envier jalousement ceux-ci. L'émotion qui en découle, qui est un mélange de convoitise et d'émerveillement, me fait appeler ça "la pornographie du shasseur".

"Quel dommage, le Pokémon sort obligatoirement de sa Pokéball quand je marche... 
C'est ballot, tout le monde va être obligé de voir à quel point il pue la classe."

C'est ainsi que les 1000 premiers resets passent crème. On partage une relation enflammée avec notre console qu'on ne lâcherait pour rien au monde : les resets s'enchaînent dans le lit, à table, aux WC, avant d'aller en cours... Et même pendant les cours. *tousse* (cependant, s'aventurer dans des lieux sans chargeur ni prise est à éviter si on est cardiaque : car l'un des pires cauchemars du shasseur serait de tomber en panne de batterie au moment fatidique)
Les yeux rivés sur notre console, on redémarre tout dès qu'on entraperçoit la couleur du légendaire. Et il ne faut pas perdre de temps car... Chaque. Seconde. Compte. Une seconde de gaspillée est une seconde qui nous éloigne du reset suivant.
C'est sérieux, la shasse.

Mais du coup, le délire est tellement présent qu'on ne sait jamais quand s'arrêter pour de bon quand il y a quelque chose à faire : est-ce qu'il faut mettre la console en veille sur la rencontre du Pokémon en cours qui de toute façon n'est pas shiny ? Ou sur le début de l'introduction du jeu ? A moins qu'on ne laisse tout en plan sur l'écran de chargement de la partie de notre personnage ? Ou alors juste devant le Pokémon, avant d'interagir avec lui ? Oh et puis de toute façon, au point où on en est, un dernier pour la route ne fera pas de mal... Ce genre de situation est à répéter au minimum cinq fois, ou jusqu'à ce que la corvée devienne vraiment urgentissime.

Et c'est par cette continuité qu'entre en scène l'entourage du shasseur, qui assiste malgré lui à ce drôle de spectacle : un être torturé qui n'arrive pas à décrocher de son écran et qui semble avoir une mémoire ne dépassant pas les quelques secondes. Deux cas de figure sont à envisager :
-Soit la personne s'y connaît un minimum et va tenter un harcèlement massif pour faire un reset à notre place (et bizarrement on prie pour qu'elle ne tombe pas sur le shiny car notre honneur serait bafoué à jamais), ou alors elle se contente de nous regarder mais va faire des blagues très drôles comme par exemple beugler "OH IL EST SHINY !!! ...Non lol c'était pour rire" quand on aura quelques secondes d'inattention, ce qui nous fera avoir à la fois un arrêt cardiaque et une sévère envie de lui ouvrir le ventre pour le bourrer de raviolis.
-Soit le proche en question n'y connaît absolument rien, et l'explication simple et claire est de mise : oui, ça a une utilité de redémarrer son jeu en boucle car cela permet de tomber sur le même Pokémon, mais avec des couleurs différentes. Mais qu'importe la tournure employée, celle-ci nous condamnera toujours plus à passer pour un demeuré de service.


Et au final, après de nombreuses heures d'acharnement , malgré notre patience et même si on est pas du genre à jouer sans le son, le volume de la console est coupé car le début de l'intro du jeu et le morceau de boucle musicale du thème du Pokémon légendaire résonnent dans notre tête, et ne veulent plus en sortir, et c'est juste insupportable.

En fait, qu'on le veuille ou non, si on devait représenter la motivation d'un shasseur par un graphique, pour la plupart d'entre nous cela donnerait quelque chose comme ça :


Au début, l'excitation et l'euphorie dictent nos actes et nous font avoir des étoiles dans les yeux, puis on se rend compte que le Pokémon shiny n'arrivera pas avant un bon moment. Alors on sombre dans la désillusion, ou ce qu'on appelle la dépression du pauvre : la routine.








Le reset à long terme : la Routine avec un grand "R"

Après la hype s'installe l'ennui : la motivation dégonfle et ce qui était un passe-temps à part entière et qui captait l'intégralité de notre attention devient une option pour occuper ses mains quand on est passif devant un autre écran. Le reset se fait mollement devant un film ou des vidéos Youtube, et on prête à peine attention au Pokémon qui surgit à l'écran. Cependant, cela ne nous empêche pas de nous faire des petites frayeurs, car il arrive que le reset soit un peu trop rapide. Une grande tourmente et quelques secondes de doute surviennent alors : était-il shiny ou pas ?

D'ailleurs en abordant ce sujet, je voudrais attirer votre attention sur un risque non négligeable. Avec l'arrivée de la 3D dans les combats Pokémon, les plans de caméra alternent entre notre Pokémon et le Pokémon sauvage pour ajouter un peu de dynamisme. Donc si le son est coupé et que l'on est moyennement attentif, il est possible de louper la séquence d'introduction du combat et de rester plusieurs longues secondes sans savoir si notre bestiole est shiny ou non (puisque la caméra trouve ça tellement intéressant de fixer notre Pokémon qui ne fait rien à part cligner des yeux ou se gratter, et du coup elle s'amuse à faire une 360° autour de celui-ci, une plongée, une contre-plongée, une focale, un flou artistique bref elle est dans son délire total et délaisse totalement le Pokémon affronté).
Et je connais quelqu'un qui a laissé échapper un Latios shiny à cause de ça. Il ne s'est rendu compte de sa bourde qu'après avoir appuyé sur le bouton Fuite, c'est à dire quand la caméra reprend un plan de base, rivé vers le shiny qu'il ne lâche plus jusqu'à ce que l'écran soit entièrement noir, histoire de bien lui faire regretter son geste. C'est à peine si le jeu chercherait à zoomer encore plus dessus pour lui balancer insidieusement un petit "Connard".

Dégoûté, il a délaissé sa 3Ds pendant plusieurs semaines.
(mais il a finalement eu son Latios au bout d'un certain temps)

Mais en dehors de cette contrainte technique qui ne concerne que les jeux récents, le manque de vigilance nous fait parfois avoir quelques hallucinations visuelles : rassurez-vous, on ne voit pas des poneys roses partout, c'est juste qu'on a l'impression que cette fois-ci le Pokémon face à nous est un poil plus clair ou plus foncé. Mais en fait non, c'est juste notre rétine qui commence à déconner à force de voir des milliers de fois la même chose.


Selon les gens, il y a une apparition plus ou moins tardive de comportements étranges qui se glissent au milieu de la shasse : c'est à dire que l'emmerdement est tel qu'on tente tant bien que mal de varier le suspense pour s'occuper un peu.
Par exemple dans le lit, on fermera les yeux pour se fier uniquement au son et espérer entendre les étoiles scintiller (puis on finit par s'endormir bêtement devant sa console). Une variante de cette technique est de détourner le regard juste avant que le Pokémon n'apparaisse pour se laisser 2 millisecondes de suspense. Ou encore, se dire "Bon encore trois resets, ça se trouve je l'aurai mais je sais très bien que je ne l'aurai pas car je suis poisseux et que les chances sont infimes". ...Mais l'éternel optimiste que nous sommes nous fait y croire timidement quand même. Voire même des fois, la pression monte toute seule car on décide de se fier à notre instinct infaillible en se disant "Celui-ci je le sens, il est shiny !" et bien évidemment, ça ne marche jamais.
Et comme toute activité qui n'occupe qu'une partie de notre attention, c'est sans même s'en rendre compte qu'on prend des postures débiles sur le canapé.

La vie d'un shasseur est décidément trépidante, attention à l'overdose d'adrénaline les copains.

Après, il ne faut pas trop avoir d'espoir non plus quand on shasse avec la technique du Doux Parfum.
Car tomber sur deux shinies dans une même horde est assez contraignant.
(il est possible de capturer qu'un Pokémon sur les cinq)

Par conséquent, comme notre comportement est déjà bien entamé par l'ennui, il nous arrive même de tenter des rituels étranges pour invoquer le Saint Graal. Par exemple, appuyer quatre fois sur A et pas une de plus lorsqu'il y a sa séquence d'apparition, peut-être que ce code magique le fera finalement apparaître. Cela renvoie à un phénomène fort sympathique qui sort tout droit de mes cours de psychologie sociale : l'Illusion de Contrôle, qui est le fait d'être persuadé de disposer d'un pouvoir de contrôle ou d'influence sur son environnement.
Car bon, on sait très bien au fond de nous que manger un sandwich au thon en dansant la lambada sur du Britney Spears et en mitraillant le bouton B au rythme de la cucaracha, le tout uniquement sur la durée de la séquence d'introduction du jeu, ne fera pas venir le Pokémon shiny plus rapidement. Par contre il peut nous arriver de l'injurier pour le provoquer, le micro de la 3Ds doit bien servir à quelque chose.

De toute façon, ce n'est pas comme si on était habitués à faire 
des rituels idiots par pure superstition dans Pokémon.

Puis lentement, on glisse vers le fond du trou, dont on en sortira pas tant qu'on ne verra pas notre Pokémon briller : celui du désespoir. La shasse continue malgré tout, mais les 8192 resets sont -selon nous- dépassés depuis une plombe et le Pokémon aurait dû changer de couleur au moins une fois (du coup on se dit qu'on a pas de chance, qu'on l'aura jamais, qu'on est maudit, que notre vie est un échec, etc).
Les plus courageux feront une moyenne du temps qu'ils passent à faire un reset, ce qui leur permettra de faire une estimation totale du temps qu'ils ont passé devant la console depuis le début de la shasse. Généralement, la première réflexion qui vient à l'esprit quand on obtient le nombre d'heures hypothétique est un truc du genre "Merde, c'est beaucoup".

Finalement, ce qui était notre amour pour la vie finit par plus agacer qu'autre chose.

Cette inaccessibilité hors pair ne séduit plus tant que ça.








Et soudain surgit face au vent, le vrai héros de tous les temps Pokémon chromatique

Bienvenue dans le premier jour du reste de votre vie : le Pokémon shiny a enfin décidé de pointer le bout de son nez, comme ça, sans prévenir.

Instant émotion digne de la fin du premier film Pokémon : "Je chiale putain !"

ÇA Y EST. Il est là, devant nous, l'anneau d'étoiles l'encercle gracieusement en un petit "schling", il est tout beau, tout magnifique, nos rétines sont en plein orgasme et on est en train de faire trois infarctus en même temps. Il faut maintenant arriver à se rendre compte qu'il est sous nos yeux pour de vrai, alors qu'on s'attendait à le voir avec ses couleurs habituelles pour la 1 259 785ième fois (ce chiffre est très certainement inexact, mais sur le coup c'est l'impression que ça nous donne). Au loin, il est possible d'entendre les chœurs et les trompettes célestes sonner, et on jurerait sentir la lumière divine s'incliner sur notre console. Un état de béatitude nous envahit, et l'harmonie parfaite avec nous-même est enfin atteinte. Les miracles existent donc vraiment.

Vous pensez peut-être que j'exagère, mais vous n'avez pas idée de la largeur de l'éventail de réactions existantes. Tout dépend du degré d'émotivité de chacun : certains seront satisfaits et auront juste la banane, tandis que d'autres montreront la leur en courant à poil dans la maison et en hurlant que le jour de gloire est arrivé.
Bref, nous qui avions perdu tout espoir, nous avions eu TORT.

Admirez bien ce Giratina, il a demandé plus de 65 000 resets à son propriétaire.

Mais ne nous réjouissons pas trop vite: il faut encore capturer la bête. Et là, tout le stress du monde vient se stocker dans notre anatomie pour ne repartir que quand la Pokéball restera immobile au sol, sur une petite musique de fanfare. Le capturer directement à la Masterball ? Pfeuh, c'est pour les faibles. Cela reviendrait à se donner corps et âme pour coucher avec la fille de ses rêves puis clore le tout en moins de 20 secondes. Il faut pousser le plaisir du challenge jusqu'au bout et montrer qu'on a des couilles, bordel !

C'est ainsi que l'affaiblissement de notre précieux se fait minutieusement, mais non sans mal : les insultes fusent dans tous les sens quand il décide de sortir de la Ball après trois secousses, et le décompte des PP et du nombre de Pokéballs dans notre inventaire se fait de manière sournoise. Pour ce premier point, on a nos raisons de flipper car les tours s'enchaînent très vite et céder à la panique totale est de mise quand le Pokémon arrive à Lutte. Mais pour le second, on est déjà plus serein : tout est prévu, et les 885 Hyperballs achetées au préalable suffiront probablement.
Et finalement, c'est après plusieurs minutes de lutte acharnée accompagnée d'une musique épique tournant dans notre tête (eh, on se donne de la contenance comme on peut) que cette énième Ball lancée sera finalement la bonne : le supplice est terminé, ce Pokémon shiny qui s'est tant fait désirer est enfin en notre possession. Une danse de la joie s'impose.


Il faut maintenant lui donner un beau surnom qui le mette bien en valeur, même s'il faut avouer que le déroulement de la shasse n'a pas vraiment aidé à cela : de beau et épique, il était finalement passé à moche et insultant sur la fin ("JTAIEUKONAR", "Voulez-vous nommer Giratina Konar2verdeter ?"). Mais rester sur cette décision paraissait être une mauvaise idée, car imaginez votre joie sans bornes après avoir passé des dizaines d'heures à faire la même chose pour finalement avoir un Pokémon super rare mais avec un surnom de merde ! C'est donc avec un petit sobriquet tout joli et tout pimpant qu'il intégrera l'équipe pour de bon.
Bon, il ne possède pas du tout la nature espérée et ses IVs sont catastrophiques mais on s'en fiche, il est beau et unique, et rien qu'avec ça on peut se la péter.

Pourquoi avoir shassé Palkia ? 
PARCE QU'IL EST ENCORE PLUS ROSE, QUELLE QUESTION.

C'est après ce dernier paragraphe qu'on pourrait voir apparaître en fondu un "The end" pleurnichard marqué en italique avec une belle écriture manuscrite, et faire défiler lentement le générique sur une musique bien peinarde et plaintive comme un solo d'harmonica, qui renverrait l'image gratifiante du cow-boy courageux et solitaire qui a accompli sa destinée avec brio.

Mais il y a l'épilogue, et il ne peut se passer que de deux façons différentes, sans juste milieu possible :
-Soit le Pokémon fraîchement capturé fera partie des six monstres de poche qu'on trimbale toujours avec nous, quitte à ce qu'il devienne un nid à CS comme le serait un vulgaire Zigzaton, car on l'adore et qu'on ne peut plus s'en passer.
-Soit il sera rapidement oublié au fin fond d'une boîte du PC, que le shasseur aura tout de même pris le soin de nommer "Trophées".
Et après l'épilogue, il y a l'épilogue de l'épilogue : tandis que certains joueurs choisiront de reprendre une vie "normale" dans le jeu pour souffler un peu et se remettre de leurs émotions et leurs crampes aux mains, les plus masochistes d'entre eux partiront directement choisir leur prochaine cible sans perdre de temps, car l'aventure n'attend pas.

Quoiqu'il en soit, la vie reprend tranquillement son cours, les oiseaux peuvent à nouveau pousser et les fleurs chanter.

Ne sois pas si défaitiste Trotro.








Conclusion

Comme vous avez pu le constater, shasser n'est pas toujours de tout repos. Ce passe-temps use les nerfs et les pouces, contraint à expliquer à tout le monde pourquoi ce qu'on fait a l'air aussi débile, teste les limites de notre désespoir et de notre motivation, et me force à faire de gros pavés sur le sujet alors que je pourrais faire des trucs moins fastidieux.
Comme par exemple, manger ou dormir.

Mais malgré tout, si votre quotidien manque de challenge et de nouveauté, je vous conseille de vous lancer au moins une fois par curiosité. Car ça se trouve, ça va vous plaire de faire la même chose en boucle pendant des dizaines d'heures. Au moins, la patience a le plaisir d'être récompensée par un Pokémon rare et unique, et comme trophée personnel ça en jette !
...En fait, je me rends compte que je viens de faire un compte-rendu de la souffrance à l'état brut étape par étape et je vous encourage à faire la même chose. C'est un peu l'apologie de la torture.



Remerciements / Sources : 
Merci à Latias (Comète) et Palkia (Ryujin) pour avoir été très photogéniques. Vous êtes mes plus beaux trophées.
Merci à Yusha et Marrotof pour m'avoir autorisé à exposer respectivement Rayquaza (Bahamut) et Giratina (Gaman'). 
Merci à Yusha pour son témoignage poignant sur le Latios shiny.
Merci aux Vocaloid Gumi & Rin pour leur musique "Chemical Emotion" qui m'a permis de boucler l'article malgré la fatigue.
Les Bds sont de Katie Tiedrich, John Kleckner, Melyon, et Super Effective. Le screenshot de l'intro est de BigHailFan.