Nouvelle de Elwing N.

L'avis de Pseudo-Mew : "Quand on compare le contexte de la chute avec la première partie de ta nouvelle, on peut dire que les différences de euh... "mises en scène" de l'histoire rendent le tout très original. J'ai bien aimé !"



Elle brillait. Son corps à présent diaphane et translucide flottait à quelques centimètres du sol humidifié par la rosée. Elle regardait tranquillement autour d'elle : le cimetière où elle était apparu semblait paisible ; les pierres tombales et les stèles reposaient ça et là dans l'herbe fraîche. Le bruissement des feuilles caressait et jouait dans les cheveux transparent de la jeune fille. Elle sourit doucement et commença à se mettre en mouvement, survolant les mémoriaux avec grâce. Elle sentait chaque mouvement de son corps avec une infime précision, du battement de ses cils au drapement des plis de sa robe. Elle adorait cette sensation de non-existence, ce sentiment d'être vivante sans être de ce monde.
Toujours élevée dans les airs, la jeune fille commença à avancer, après tout il ne fallait pas qu'elle traîne longtemps ici. Euphorique, elle rasait de près l'herbe qui se pliait à son passage, comme s'inclinant devant une monarque. Une traînée blanche presque aussi translucide qu'elle marquait son sillage, seul véritable trace de son existence en cet instant précis. Les animaux la frôlaient, mais ne la voyaient pas ; les paysans sentaient sa présence, mais ne la voyaient pas non plus.
Elle arrivait maintenant sur les rives d'une étendue d'eau. Sa surface scintillait comme le cristal et la vision maintenant non-humaine de la fille lui montrait le lac entièrement vaporeux, comme une grande plaque de verre transparent. Elle le survola en ne sentant pas le crépitement des gouttes d'eau sur sa peau. Elle contemplait l'immense lac et son contenu, elle admirait les poissons et les algues enchanteresses. Des centaines de milliers d'images passaient à grande vitesse dans son esprit, et aussi étrangement que cela puisse lui paraître, elle comprenait le sens de chacune d'elle. Plus de sentiments, seulement des images... des filaments insaisissables qui dansaient dans son esprit pour se perdre dans un coin de ce monde. C'était finalement cela qu'elle perdait dans son sillage : ces souvenirs, son humanité, son essence vitale.
Après avoir cheminé comme une âme en peine, vagabondé dans les lieux les plus incongrus de cette vallée, elle les vit. Ils étaient trois et attendaient avec un semblant d'impatience aux côtés d'un cadavre... son cadavre.

« Sherma demande à vous ressusciter. » « Accepté. »

Elle sentit son esprit, son corps diaphane tissé entièrement des reliures de son âme, s'enfermer à nouveau dans sa prison charnelle. Elle y était aspirée, bien malgré elle, prête à ressentir toutes les douleurs propre à l'humanité.
Quand elle rouvrit les yeux pour la première fois dans son enveloppe humaine, elle était allongée là où elle avait perdu la vie. En se relevant dans des pas maladroit, elle remarqua ses trois compagnons qui la regardaient avec mépris.
_ ça va, on te dérange pas trop ? Railla l'un d'eux avec ses oreilles pointues et une épée à la main
_ Par pitié Elwinéa, dépêche toi, on va pas passer notre vie à attendre que tu ressuscites, on a une quête à finir je te rappelle, argumenta la dite 'Sherma'.
Elwinéa, puisque tel était son nom, cligna des yeux, comme pour se remémorer les derniers événements : elle se souvenait à présent de leur quête, et des nombres incalculables de fois où elle avait succombé, laissant ses compagnons en attente avec impatience.
_ Mais... mais ce n'est pas ma faute si tu me heal pas correctement Sherma ! Tenta t-elle de se défendre.
_ Elle ne serait pas obligé de te soigner si tu ne te jetais pas dans la gueule des ennemis, s'écria la demoiselle de très petite taille qui n'avait pas encore pris la parole, tu veux leur faire des câlins ?
_ Désolée, mais je fais mon travail, ce n'est pas ma faute si après Mademoiselle Sherma est à cours de mana!
_ ET SI TU SAVAIS UN PEU MIEUX TE BATTRE QUE CA JE SERAIS PAS OBLIGEE DE DEPENSER TOUTES MES RESSOURCES MAGIQUES POUR RIEN!!!!
Elwinéa, par pur instinct de survie, recula d'un pas, face à la prêtresse Sherma devenue rouge de colère. Elle mit ses mains en l'air en signe de paix.
_ Bon, sujet clos ! Lança Elwinéa avec entrain. Où il est ce donjon ?
Ses trois autres compères se regardèrent dubitativement, comme interpellés par l'envie de meurtre qui s'offrait à eux.
_ Si vous ne bougez pas, on ne va pas aller bien loin vous savez ! Reprit-elle. Alàlà heureusement que je suis là non ?
Pour seule réponse, l'elfe du groupe la transperça de son épée. Elle s'effondra exactement au même endroit où elle gisait quelques secondes avant. Il rangea son arme dans son fourreau avec un air soulagé.

« Elwinéa a succombé »

_ Ce n'était pas très malin, lança la gnome avec un air réprobateur, on va encore devoir attendre qu'elle ressuscite.
_ Je sais... mais ça fait du bien.
Sherma aussi semblait apaisé lorsqu'elle lança :
_ Bon on la finit cette quête ? De toute façon on réussira bien avant qu'elle se rappelle où elle doit revenir. On a pas toute la journée non plus.
L'elfe lui répondit d'un sourire cruel, et la gnome fut obligée d’acquiescer :
_ J'imagine que tu as raison. Elle finira bien par nous retrouver de toute façon... on ne se débarrasse pas d'un boulet aussi facilement....