Nouvelle de Bryan J.

L'avis de Pseudo-Mew : "Ton texte est très complet et possède une bonne référence, on voit que tu as passé du temps dessus ! Il est très sympa à lire, les gamers apprécieront ! (En revanche je me suis permise de corriger tes quelques fautes)"



I/ Les nuits d’oublis


« Non vraiment je dois rentrer…il se fait tard…j’adorerais rester mais je travaille demain »

Je détestais ça… ces mecs sangsues qui après une soirée bien arrosée, bien enfumée, et érotique ne parviennent pas à te lâcher. S’agrippant toujours au moindre espoir pour te retenir et tenter d’aller plus loin.

« J’y vais, je dois rester un temps soit peu clean pour me réveiller demain…allez salut ! »
Et casse-toi.
« T’es vraiment collant, pourquoi tu me laisses pas tranquille ? Laisse moi vivre… »

Je suis sortie brusquement avec le peu de conscience de la réalité qu’il me restait. J’avais les jambes tellement engourdies que je ne les sentais même plus, j’avais l’impression de voler sur un petit nuage et de me déplacer de manière irrégulière sur lui…

Je me fondis dans la masse devant la sortie de la boite de nuit « night’s angel ». Il y avait comme toujours un attroupement pour y rentrer et sortir. Mais j’étais une habituée, et il n’y a quasiment personne à l’intérieur dont je n’ai su me jouer. En même temps le public est tellement immature. De jeunes prépubères, alcoolos, camés et obsédés en perte totale de contrôle devant un décolleté et une jupe trop courte.

2h06… hmmm il est temps de rentrer. J’ai un peu trop bu, et fumé… et encore heureusement que je me suis retenu. En temps normal je cumule les états seconds, mais là j’ai un peu freiné pour mon boulot de demain. Néanmoins cette drogue m’a laissé un peu K.O et j’ai eu du mal à cerner le taxi le plus proche. Je n’aurais pas dû gober cette exta avec autant de tequila…

« C’est un taxi… ? » c’est drôle dans ma tête ma phrase était mieux construite…et une bonne centaine de décibels moins fort.

« Vous pouvez me déposer au 302, sherfill avenue ? »
Un vague grommellement me parvint que je pris pour un oui. Il me marmonnât quelque chose, probablement une insulte de ce que j’en compris vu la façon dont il me parlait. Comme à une handicapée mentale
_... l’hôpital ?
_ Une question à la fois. Et puis d’abord tu me parles pas comme ça. Le client est roi ! Et le client c’est MOI !
J’essayais de prendre une pose de diva, qui était plutôt réussie jusqu’à ce que je lance un gros rot avec une forte odeur de vomi. Laissant probablement présager de la suite des événements.


La voiture a alors démarrée. Le mal des transports paraissait un véritable supplice dans un tel état. J’ai vomi dans mon sac (il faut savoir rester classe en état d’ébriété) dès le premier virage. Pour m’affaler sur le siège.

J’adore ces soirées. Ces soirées où tout le monde entre dans une transe particulière. Les camés, alcooliques, dragueurs/obsédés, surexcités…on oublie tout, on s’oublie…tout parait à des kilomètres de nous et est sans importance…
On se réveille le lendemain on ne sait pas où, ni comment, ni avec qui, et combien de personnes…ce qu’on a fait…
L’oubli c’est le bonheur…notre esprit entre dans un monde et notre corps s’en libère… l’esprit se balade dans un monde parallèle et le corps s’abandonne aux plaisirs charnels et sensoriels. Au petit matin les deux se réunissent à nouveau et se racontent petit à petit les souvenirs de la veille dans un chaos psychotique qui ne laisse rien.
On a déjà oublié ce qu’on a vécu la veille. On aurait pu faire les pires choses qu’on ne le saurait même pas. Les plaisirs n’ont plus honte car ils sont finalement toujours oubliés. Le plaisir d’oublier, de pouvoir fuir. L’absence de culpabilité, de honte, d’estime de soi, de retenue. On se lâche en profitant du moment présent puisque de toute façon on l’aura déjà oublié demain matin. Avec ce rythme de vie j’ai même eu l’impression que mon cerveau a gagné une capacité à oublier volontairement les choses qui me tracassent.
Je pensais à Freud et ses théories sur l’inconscient qui se lâche une fois dans un état second, je pensais à l’oubli des soucis de la vie une fois beurré, je pensais à l’oubli même d’avoir vécu une soirée agréable, au petit matin…je pensais…à…je ne sais plus…

Les lumières brillaient de tous côtés, les rues paraissaient si claires…du blanc, du rouge…du vert aussi…des néons partout…c’est beau de voir ces couleurs s’entrechoquer et se souiller les unes les autres dans un flou artistique.
Et sur ce je me suis endormie…trop fatiguée pour penser...je préférais oublier ces réflexions d’état d’âme.



Le réveil fut incroyablement doux pour une soirée aussi arrosée. On aurait dit un parfait dégradé de sensations d’un rêve vers la réalité… (Génial mon exta fait encore effet) Mais le réveil bien que doux fut affreusement perturbant. Affalée sur la banquette d’un taxi, dans une atmosphère morbide, trop calme et…blanche.
De la brume voletait autour de la voiture. Une brume épaisse et blanche qui obstruait toute vision. La voiture était vide, sans conducteur et les portières étaient ouvertes de tous les côtés. Il n’y avait personne, pas un bruit, pas un seul sifflement du vent. J’étais seule…

« pffff…fait’chier »
J’avais connu des lendemains de soirées décevantes. Où j’étais forcée de chercher à me rappeler ce qui s’était passé la veille pour tenter de me sortir de situations grotesques. Visiblement je suis rentrée en taxi…mais ce connard m’a abandonné. Probablement une panne qui nous a bloqué dans un coin pourri. Mais qu’est ce qu’on fout si loin ? Il voulait me violer ? Me tuer ? Me truander ? pfff… la merde !

« Je fais comment pour mon boulot moi ?! …p'tain »
Je me suis levée… J'ai rassemblé mes affaires (pleines de vomi…rha probablement un trouduc qui sait pas gérer la bouteille) Et j'ai commencé à marcher…


Hmmm par où aller ? Droite, gauche, devant, derrière ? On ne voyait rien…je suivis la route… en prenant la tête de la voiture pour direction motrice…je finirai bien par trouver quelque chose…quelqu’un…
Je vis un panneau caché par la brume…bienvenue à…S…nt…ll... boh de toute évidence une ville… je suis bientôt arrivée. J’aurai plus qu’à demander le chemin pour repartir, appeler un VRAI taxi, ou prendre un bus pour rentrer. Pour le retard…j’inventerai une connerie improbable mais qui marche…un accouchement…ouais c’est bien ça…j’ai aidé une dame à accoucher !!!

J’ai marché de longues minutes…trop longues…je commençais à m’imaginer des choses déplaisantes avec ces minutes à moi et ce décor lugubre. Sérieux, qui pourrait vouloir vivre dans un endroit aussi glauque ? Et puis c’est quoi cette brume ?
Puis soudain…sortant de la brume…des maisons…un clocher, une ville…enfin sauvée…






II/la fête continue


Bien que la ville semble grande, (quoiqu’un peu trop rustique à mon goût) elle semblait totalement vide de vie. Pas un bruit, pas un son, juste un léger bruit de vent. Je toquais à la porte de ce qui semblait être un office de tourisme. Personne…
Je toquais à un garage…personne…ni à la porte, ni à l’intérieur d’après mon regard par la fenêtre. Après quelque porte à porte…vide de succès.
J’ai alors marché, sur des rues et encore des rues. Tout était trop calme pour que cela soit normal. Une ville parfaitement organisée, sans personne…pourtant il y a des voitures et des maisons…alors où sont les gens ?
Je longeais les rues, appelant de temps à autre dans l’espoir d’une réponse. J’étais seule… on n’imagine pas à quel point c’est terrifiant d’être seule… la moindre compagnie…même une personne à détester…c’est agréable. Il n’y avait personne…cette sensation d’être perdue dans le monde qui est à nous…on pourrait faire ce que l’on veut mais toute perte de désir s’offre alors à nous…ça me rappelait cet article sur les astronautes dans leurs stations…qui ont de la drogue pour supporter cette solitude et l’ennui qui en résulte… Oublier qu’on est seul au monde…
Je piochais dans mon sac ma petite bouteille de whisky pour en boire une rasade (j’en avais bien besoin)

Les rues se ressemblaient toutes, j’avais l’impression de tourner en rond. Quand soudain j’aperçu une voiture en bas d’un immeuble…écartée de la route, en plein milieu du trottoir. Mais ce qui retint bien sur le plus mon attention était le fait qu’elle était sacrément amochée. Comme si quelque chose était tombé dessus… du sang s’échappait de la voiture vide et cabossée et menait vers ce qui semblait être une ambulance…un accident ? Un jeune tombé de l’immeuble sans doute…
Pile sur cette voiture ? C’était probablement organisé…ce n’est pas normal… Je m’approchais de l’ambulance pour voir… une personne sous un drap… une fille probablement…je ne désirais pas voir son état et décidais de laisser le drap sur son visage (pourquoi je m’infligerai ça ?)

Cet accident n’en était surement pas un…peut être suis-je sur un décor de film ? Ça expliquerait tout… Non ce n’est pas possible…on m’aurait repéré et c’est trop grand pour être le cas… Je me suis assise sur un palier de maison pour réfléchir à ce que j’allais faire…

« MERDE ! »

Prise de désespoir, je commençais à réfléchir. L’aspect glauque, silencieux et vide de cet endroit ne me laissait clairement pas croire que je trouverai la moindre personne ici. Même un accident a été laissé en plan…comme si cela importait peu.
Que faire ? Après avoir tenté de nettoyer mon portable plein de vomi séché pour appeler du secours j’ai composé le premier numéro qui me vient en tête, celui d’une de mes meilleures amies, Ludivine.

Un bip…deux bip…trois bip… putain décroche…quatre bip…cinq…ça décroche
« Allo Ludy ? C’est Moi…tu »
Des bruits étranges me parvinrent du téléphone…rien de clair…des déformations de voix, des parasites… qui semblaient devenir de plus en plus fort en fonction que je marchais en faisant les cent pas. Je me suis stoppée pour calmer ces parasites. Et ai tenté de me fixer pour trouver une positions/zone qui n’était pas brouillée.

« Tu me reçois là ? Il faut que tu viennes me chercher !!!  Allo !!!??? ALLO ?! » Les parasites semblaient s’intensifier, malgré que je sois immobile. Ils devenaient de plus en plus fort…je crus entendre parmi ces brouillages incessants des sortes de voix, dire des choses, des centaines… je me suis concentré pour tenter d’entendre plus clairement… Les crépitations devenaient plus fortes au fur et à mesure… apparemment des rires, des discussions… j’avais l’oreille presque écartée du téléphone tant le grésillement du téléphone était devenu fort…

« Burp ! » J’entendis un rot bruyant derrière moi.
En me retournant je vis une personne, ou plutôt une apparence de personne. Un corps décharné, nu, une femme apparemment, la peau grisâtre, des mains tâchées d’une couleur violette, et des gouttes de ce qui semblait être du vin coulant sur le corps depuis la tête qui était…

« …………… !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! »

La tête était inexistante…le cou finissait par une sorte de monticule de cheveux frisés de couleur violet foncé d’où sortaient deux cornes désorientées pointant dans n’importe quel sens.

Horrifiée je reculais de quelques pas. La créature semblait maladroite et déséquilibrée. Elle marchait en manquant de tomber à plusieurs reprises. Des spasmes la prenaient de partout quand elle marchait comme si elle semblait… dans l’effort de vivre. Elle rotait et vomissait du sang qui s’écoulait violemment de sa touffe de cheveux éclaboussant le sol. Ses petits bras, disproportionnés pour son corps (dépourvus d’avant bras) la rendait pataude et misérable.
Je reculais lentement, par souci de fuir le danger. Mais rapidement je me rendis compte qu’elle n’était pas seule. Les grésillements de mon portable devenaient assourdissants. Puis un crissement aiguë en sorti ce qui semblât marquer l’attaque des créatures qui se mirent à tituber rapidement vers moi.

Je me suis enfuie alors à toute vitesse. Courant à travers les rues pour trouver un lieu où me protéger de ces horreurs. Mais à chaque tournant, à chaque ruelle, à chaque regard, semblait sortir davantage de ces monstres. J’ai alors foncé dans le tas, poussant les monstres à bras le corps pour me frayer un passage. Les monstres me frappèrent de leur petit bras et de leurs cornes distordues asymétriques se vautrant par terre à chaque tentative.
La masse de corps décharnés passée, je vis au loin une sorte de petite auberge/restaurant, dénuée de toute fréquentation. C’était ce que j’avais de plus proche et sur pour me protéger. Je fonçais déterminée à rentrer dedans coûte que coûte pour ma peau. La porte était entrouverte. Pas le moment de réfléchir, je fonce !!!
Je m’engouffre à toute vitesse dans le bâtiment, refermant derrière moi la porte. Vite la bloquer avec quelque chose. Des fauteuils ! Ça fera l’affaire sinon…sinon chiotte on verra…

Je clos les rideaux et barricadais les fenêtres de chaises et fauteuils. La lumière bouchée, le bar paraissait sombre avec des rayons de lumières spectraux le traversant de manière irrégulière. La lumière se brouillât avec l’arrivée des monstres. Ils frappaient à la porte, aux fenêtres. Apparemment les fortifications les retenaient. Mais pour combien de temps ? Et puis il faudra bien sortir à un moment ou un autre.

Je partis à la découverte de cette auberge à toute vitesse, dans l’espoir d’y trouver un refuge et à défaut, de quoi me protéger… Mais il n’y avait que des placards à réservoirs d’alcools divers. Un comptoir, un escalier menant à quelques chambres et des réserves à alcool, nourritures et snacks. Rien qui ne pourrait m’aider dans l’immédiat. Je me suis alors cachée derrière le comptoir accroupie à me cacher comme une enfant apeurée. Dépitée, je me suis alors posé et demandé pourquoi. Pourquoi tout ceci ? Quel était le sens de tout ça ? Comment de telles créatures peuvent exister ? Que faire ? Je vais mourir maintenant ? Comme ça ? De manière complètement oubliée et surréaliste ? Qu’es ce que c’est que cette ville ? Je fais quoi maintenant ?

Autant profiter des derniers instants alors, j’entends déjà la porte craquer sous leurs attaques. Je pris la première bouteille d’alcool et la bus en regardant ces créatures face à face à travers la fenêtre, elles semblèrent s’arrêter à ma vue, me regardant (enfin du moins je crois) puis elles s’immobilisèrent. Je leur fis un doigt d’honneur pris un briquet fabriquât un cocktail Molotov que je leur lançais à travers la fenêtre. Et je bus, insultais, et terrassais. Je bus et je bus, et je terrassais et criais… A court de munitions, je montais même à l’étage pour leur jeter des meubles et autres accessoires. Leur réaction fut nulle. Subissant la tombée d’une étagère sur leur tête et criant, en peinant pour se relever sur leur petit bras. Ni mes insultes, ni mes explosions, ni mes efforts, ni ma rage ne semblaient les affecter.

Apparemment elles étaient plongées dans une sorte de léthargie. De coma, je me barricadais dans une chambre à l’étage pour me rassurer amenant quelques provisions avec moi. Je bus…je bus une bouteille…la jetais sur ces saloperies…une deuxième…et puis pourquoi les boire d’abord…j’ai pas besoin de cette merde pour survivre…Elles veulent venir…qu’elles viennent…de toute façon je m’en fous je suis ivre…je suis saoule…et j’entends…une alarme au loin…les trompettes de l’apocalypse peut être ? Peut être que le monde a tout simplement dégénéré et que j’en suis la seule survivante. Que l’enfer a débarqué sur terre.


Et puis on s’en fout…si je meurs tout ça ne sera plus qu’un ancien souvenir…ça y’est l’alcool a prit le dessus de ma personnalité, c’est le corps qui parle… le corps qui a pris le contrôle. Corps que me pousses-tu à faire ?
L’alarme devint de plus en plus forte et les effets de l’alcool furent rapides à m’envahir…trop rapide pour que ce ne soit que l’imagination d’une ivrogne. Les réalités du monde se discordèrent, les murs devinrent flous, les couleurs sablonneuses, les extrémités de ma vision se rétrécirent en un effet loupe. Mon corps pris la direction de la porte, et l’ouvrit forçant pour en repousser les meubles et objets en bloquant l’ouverture. Mon corps peinait et forçait pour parvenir à cela. Il s’énervât, frappât dans le vide, se blessât en faisant s’écraser une lampe sur les meubles.

Je parvins à me glisser dans l’entrouverture de la porte pour découvrir un tout autre univers. Un papier peint blanc clair, avec quelques motifs de fleurs dessus, agréablement agrémenté de photos encadrées qui ressortaient très bien sur cette couleur. Mon corps a alors monté des marches, pas plus choqué que ça de trouver un autre univers. Il n’était d’ailleurs même pas conscient de son existence, alors de la à être conscient d’un changement de dimension. J’étais consciente, mais ne savais pas ce que je faisais. C’était inhabituel… en temps normal j’oublie ce que mon corps fait dans un état second… pourquoi étais je consciente ?

Mon corps inerte a basculé, tombant sur une porte qui s’ouvrit, je vis un salon avec des êtres avachis sur des canapés. Des créatures humanoïdes aux mains en fil de fer, yeux jaunes, bavant un liquide vert. Leurs cheveux étaient hérissés, jaunis, et leurs veines ressortaient sur chaque partie de leur corps. Une fumée envahissait la pièce qui sortait de leur orifice, par leur bouche, nez, et même leurs yeux…
A certains interstices de leurs corps de grosses cicatrices, des lacérations apparemment, qui leur donnait un air effrayant. D’anciens être humains. Ces créatures étaient surexcitées et sautaient partout, se battaient entre elles et dans le vide. Elles déchiquetaient divers objets et les murs qui les entouraient. Probablement entrés dans une rage incompréhensible. Ces humains devaient être sous l’effet de quelconques drogues qui les rendait fous.

A ma vue, ils se dirigèrent vers moi, dans une sorte de danse extatique et surexcitée. Mon corps refermât la porte, qu’ils ne tardèrent pas à attaquer. Je m’enfuis, et en spectateur de mes actes je me vis courir à travers un couloir interminable qui ne finissait pas de s’allonger au fur et à mesure de mes pas. Des trous dans les murs et le plancher… au plafond... Petit à petit, le papier peint s’effritât le long de ma route, pour laisser paraître d’épaisses murailles métalliques rouillées. J’entendais au loin mes poursuivants qui criaient, en faisant un boucan de tous les diables.

Au bout du couloir une faible lumière blanche…la mort ? Mon réveil ? Une sortie ? Plus je m’en rapprochais et plus les murs s’assombrissaient… les murs se mirent à onduler, ma vision devenait floue par moment…j’étais ivre et titubante. Je me suis alors écroulé lamentablement. Pour en relevant la tête, découvrir que j’étais dans un salon, chamboulée par une fête. Des bouteilles à moitiés vides, canettes par terre, des restes de pizza par ci par là… Aucune porte sur les murs, juste un balcon aux portes entrouverts, par où s’engouffraient la lumière de la lune. Je me suis alors levé et dirigé vers la seule sortie lumineuse qu’offrait cette porte pour en revenir au couloir de mon auberge dans laquelle je m’étais enfermée. En regardant derrière moi, le salon avait disparu pour faire place à cette chambre dans laquelle une flaque de vomi était apparue.

Un simple bad trip…





III/Le contact avec la réalité


J’étais perturbée… que venait-il de se passer ? Un rêve ? Aurais-je juste été saoule et rêvé tout ce qui s’est passé ? Après le souvenir que j’ai laissé dans la chambre, je ne vois pas d’autres théories. Et ces hommes…ces horribles personnes qui me suivaient ? J’ai bien senti des choses pourtant ? Et…

Merde ! Les créatures ! Je me suis jetée à la fenêtre pour voir où en étaient les créatures biscornues qui entouraient l’auberge.

« Où sont elles passées ? » plus aucune des créatures n’était visible. Elles semblaient avoir disparu. J’ai alors pris une bouteille à moitié pleine… pour arme et suis descendue sur la pointe des pieds. Peut être étaient t’elles rentrées. J’ai doucement descendu les escaliers grinçant de l’auberge/bar pour arriver à la salle de service…qui comme à mon arrivée était vide et barricadée. Aucune tentative n’était notée.

J’entendais cependant quelque chose d’inhabituel. Une voix enfantine…une voix de petite fille… qui semblait émaner de derrière la porte d’entrée. J’ai alors jeté un coup d’œil discret depuis la fenêtre pour observer et vis effectivement une petite fille, en train de lire un livre en chantonnant quelque chose.

Que faisait-elle ici ? Les monstres ont disparu ? Est-elle au courant ? Quoiqu’il en soit elle pourra surement me renseigner. J’entrouvris la porte légèrement pour la rejoindre en débroussaillant toutes ces barricades que j’avais placé. Les rues étaient toujours aussi vides et cette brume régnait toujours. Nous étions apparemment en sécurité de ces créatures.
Je me suis approchée de la gamine. Elle feuilletait apparemment un livre contenant des dessins dessinés par des enfants.

« Petite…qu’est ce que tu fais ici ? »
_ Je lis
_ Et … euh… tu es toute seule ici ? Où sont tes parents ?
_ Ils sont à une réunion de la ville
_ Et tu sais si quelqu’un est disponible ? Es ce qu’il y a un adulte à qui je peux parler ?
_ Pas pour le moment… ils sont en réunion
_ Comment tu t’appelles ?
_ Rachel
_ Dis moi Rachel peux tu me dire où a-t-elle lieu cette réunion ?
_ C’est un secret…
_ Petite je suis désolée mais je n’ai pas le temps… tu as vu tous ces monstres tout à l’heure ? Il faut vraiment que je m’enfuis. Tu sais ce que c’est ? C’est quoi tout ça ? Tu es en danger
_ Tu as vu le croque mitaine ?
_ Des monstres, je ne sais pas si c’est ce que tu crois…
_ Si tu as vu le croque mitaine c’est que tu n’as pas été sage… mon histoire dit « si tu n’es pas sage, le croque mitaine viendra te chercher et il te fera saigner tes fautes »
_ Comment ça ? Fais voir

Je saisis le livre de la petite pour voir un dessin enfantin, d’un homme marron et rouge, avec un triangle en guise de tête et une épée grossièrement dessinée, une flaque de sang à ses pieds et des corps allongés partout . Un texte écrit par un adulte disait « si tu n’es pas sage, le croque mitaine viendra te chercher pour t’enterrer parmi les pécheurs »
Cette ville est définitivement barrée.

_ Qui t’as donné ce livre ?!
_ C’est ma maman…
_ Et vous lisez tous ce genre de choses ici ?
_ Oui…
_ pffff… foutue ville, et je bus une gorgée de bière.

La petite fille me regardât boire avec curiosité.

_ C’est quoi ?
_ Une boisson pour adulte. Tu n’as pas le droit d’en boire.
_ Tu ne serais pas en train de mentir ?
_ Quoi ? (cette réponse me surprit)
_ Cette bouteille est vide…
Je regardais ma petite bouteille dont le contenu avait effectivement complètement disparu. Plus une goutte.

_ Comment est-ce…
_ Ce n’est pas bien de mentir… à force on finit par avoir des ennuis qui nous tombent dessus…
_ Tu…sais quelque chose à propos de cette ville ?
_ Il n’y a rien à savoir sur cette ville…par contre je sais quelque chose sur toi…
_ Ah bon ?
_ Tu n’as pas une très bonne mémoire


Un bruit de vitre cassée se fit entendre suivit d’un bruit de sirène d’ambulance.
Les lumières de l’ambulance se voyaient à travers la brume, au loin… Autant s’y diriger… Je tournais la tête pour voir ce que Rachel décidait de faire…mais elle était déjà parti en direction opposée laissant derrière elle ce dessin d’homme monstrueux…ce croque mitaine.

Je pris ce dessin, si jamais je la revoyais elle serait contente de le récupérer peut être, et au pire, ça fera un traumatisme de moins pour cette pauvre enfant.

Je dévisageais l’immeuble. 4 étages, rectangulaire, bleu grisonnant, il me paraissait très commun comme je pouvais en voir partout. Je retrouvais cette même voiture qui plus tôt était écrasée…visiblement quelque chose était tombé de l’immeuble dessus… l’ambulance s’était soudainement allumée. Prudence…
A pas lents et sur mes gardes, je me dirigeais vers l’ambulance pour voir ce qui l’avait actionné. Rien de nouveau…si ce n’est un détail troublant…un miroir avait remplacé le cadavre de femme sur la brancard…une blague de très mauvais goût qui me fit froid dans le dos.

Des bruits de personnes en train de discuter provenaient de l’immeuble, des étages supérieurs situés au dessus de la voiture. Une présence ! Enfin un échappatoire… j’allais pouvoir m’enfuir et me protéger.
L’immeuble me paraissait familier…  Des boites aux lettres dans une petite extension à droite de l’entrée, les deux ascenseurs dans le prolongement de l’entrée, et les escaliers sur la gauche avec la loge de la gardienne.

Je tendais l’oreille pour guetter une éventuelle présence. J’entendais la cage d’ascenseur bouger. Sur le compteur d’étages l’ascenseur affichait tout juste le 4 ème étage. J’appuie pour m’y rendre au plus vite. Mais à l’ouverture des portes…quelque chose m’horrifiât… plusieurs créatures difformes s’y disputaient. Il y avait un amas de jambes, de bras, de corps qui s’y disputait. Je ne distinguais même pas leurs visages, le haut et le bas de leurs corps tant ils étaient difformes et agglutinés. Une des ces formes tombât sur moi et se mit à gigoter pour tenter de se relever. La repoussant je constatais une forme constitué de deux paires de jambes superposés. Sans tête ni torse. Des jambes reliées par un bassin supportant une autre paire de jambes.

Apeurée je me précipitais vers la sortie…mais une alarme retentit. Une alarme sombre et ancienne, une alarme militaire. Un rideau de fer s’abattit sur la porte m’empêchant de sortir. Les créatures sortant maladroitement de l’ascenseur commencèrent à se diriger vers moi. Je me précipitais vers les escaliers et les gravis jusqu’au 4 ème. J’étais à bout de souffle.

Les escaliers étaient semble t-il en construction, car les premières marches en colimaçon devinrent vers le 3 ème et 4 ème des marches métalliques. Et les murs étaient eux aussi recouverts d’une étrange texture rouillée. En arrivant vers le couloir… j’aperçu au loin une porte se refermer lentement et rester entrouverte dans un des appartements. Je me précipitais vers elle. Tant pis pour la politesse, je pense de toute façon qu’ils comprendront. Qu’est ce qui ne va pas ici ? Suis-je en train de devenir folle ? Est-ce qu’il s’agit de réelles créatures ou encore de mon imaginaire ivre et torturé ?  L’alarme se fit de plus en plus forte, et l’obscurité du couloir était oppressante, ne laissant s’échapper que des lumières rouge des sorties de secours du bâtiment.

La porte de l’appartement était restée ouverte. Je suis rentrée et ai refermé derrière moi.
J’appelais à l’aide.
« S’il vous plait ! Il y a quelqu’un ? Aidez-moi ! Pitié »
Aucune réponse. Je m’avançais vers l’intérieur de l’appartement. Pour y trouver un salon en pagaille et dans lequel se trouvait un énorme trou dans le plancher, occupant presque toute la surface du salon, menant visiblement à plusieurs étages en dessous. De l’autre coté s’y trouvait...
« Rachel ?... mais…comment t’es tu retrouvé ici ? »
_ En marchant
_ Mais et ces monstres ? Et ce trou ? Comment l’as-tu traversé ?
Elle semblait ailleurs et observait le salon dans ses moindres recoins.
_ écoute il faut que tu reviennes vers moi, c’est dangereux ici
Elle me considérât un moment…
_ Tu es déjà venu ici…, me dit-elle

Surprise je regardais à mon tour l’intérieur, qui effectivement me paraissait familier. Cette cuisine ouverte sur le salon…ces deux salles communicantes et ce petit couloir menant aux chambres, et la terrasse avec un petit prolongement pour s’isoler sur le balcon. Ça me rappelait effectivement quelque chose...

A bien y repenser, ce salon ressemblait à celui que j’avais vu en rêve, en étant ivre un peu plus tôt. (A ceci près qu’il n’y avait aucun trou) et ce même salon me rappelait une fête que j’avais faite avec des amis. La fête avait un peu dégénéré si je me souviens bien…on avait envoyé un des fêtards à l’hôpital... mais j’étais tellement ivre et sous substances que je ne me souviens de rien…

_ Non…ça ne me rappelle rien… je ne suis jamais venue ici
_ Moi j’y viens souvent… je fais souvent un pique-nique sur le balcon avec mes peluches…allons voir comment elles vont
Et elle se précipitât sur le balcon et disparu à nouveau.
_ Attends petite…je…

Rha la peste ! Je longeais tant bien que mal les murs en m’appuyant sur les faibles rebords du plancher, pour contourner ce trou béant. Cette ville est décidément bien étrange. Foutu merdier. Faut vraiment que sur toutes les villes que j’aurais pu croiser je tombe sur la plus dégueulasse envahie de projets d’expérimentations du docteur Von Der truc… Rha ptain…

Je manquais de tomber à plusieurs reprises, mais parvint finalement au balcon. Au moins j’étais en sécurité. Le balcon était vide…il y avait une petite table de dînette avec un lapin rose assit se servant du thé, faisant face à un lion en peluche, un ourson et une poupée. Rien à l’horizon…où était-elle passée ?
Je m’appuie sur le balcon pour faire un point. La vue était magnifique, quoique lugubre. Des pointes de bâtiments sortant par ci par là d’une brume qui vacillait autour d’eux.
Ce balcon était agréable. Et cet immeuble me rappelait cette soirée… je ne me rappelle même plus de ce qui s’y était passé. Je me souviens qu’une fois de plus un de ces lourdingues m’y avait fait chier et collé toute la soirée pour m’avoir dans son pieu… je l’avais laissé en plan sur une terrasse et avait quitté la fête.

Ah putain…qu’est-ce que je ne donnerai pas pour une petite fête arrosée à mon retour… histoire de mettre au placard tout cette aventure morbide…
Un bruit de métal sourd me fit me retourner. Je vis alors quelque chose que je n’oublierai probablement jamais, malgré tous mes efforts et toute mon expérience dans le domaine.
Un homme, torse nu, portant un long pagne jauni, taché de noir et de rouge, probablement du sang, le corps couvert de mutilations et lacérations diverses, tenant dans une de ses mains une longue barre de fer, épaisse et tranchante. Le pire de tout était sa tête. Il portait un masque gigantesque, pyramidal, métallique, cachant tout son visage, dont émanait une respiration forte retentissant dans les parois de fer. Le masque était couvert d’éraflures, et cabossé et encadrait totalement sa tête. Il ressemblait à ce dessin de la petite dans son cahier…

« Le croque mitaine ?... »
Un fort bruit métallique, comme un raisonnement fut ma seul réponse. Il s’approchât de moi, me saisit par le cou me soulevât. Sa poigne était forte, je me débattis autant que possible mais il me maîtrisait complètement. Je le tapais, lui donnais coup de pied et poing, le griffais, mordais…il semblait insensible à toute douleur… il s’avançât vers le salon… et me soulevât au dessus du trou… puis me fixa un instant…de ses yeux absents que je sentais à travers le métal de son masque.

J’allais mourir… comme ceci…j’aurais à peine vécu… que me restait t-il comme souvenir au final ? Quel film passait devant mes yeux ? J’allais mourir dans cet appartement minable… vivre la même chose que tout les gens de cette ville…
Je me débattais une ultime fois faisant tomber ma bouteille dans le trou…l’écho lointain de sa chute me revint… et…et…






IV/ Révélation


Ce bruit me traversât l’esprit… une chute…cet appartement…j’entendais dans ma tête des cris… une alarme de voiture…comme celle qui ne cessait de me harceler dans cette ville. Ce balcon…ce foutu balcon… Tout était lié… On voulait m’attirer ici…on voulait me rappeler cette soirée…

Un lointain souvenir me revint alors, un souvenir oublié… Lors de cette fête…ce garçon qui me harcelait…ce garçon qui plus tard est mort… Ce garçon… il m’avait parlé, sur le balcon…et si c’était moi ? Moi qui avait… dans l’ivresse et la perte de mon corps …avait poussé…repoussé…cet homme du haut du balcon…si il était mort par ma faute ? C’était moi…

La main de ce monstre d’homme se desserrât un moment, puis il me rapprochât de lui et me posât sur le rebord, pour ensuite s’enfuir lentement par le balcon dont ne partait plus un bruit.

J’étais morte…intérieurement je suis restée inactive pendant je ne sais combien de temps, pendant au moins plusieurs heures… N’ayant même pas l’esprit soucieux du danger et de ma capacité à bouger. J’étais plongée dans mes révélations,  ce monstre, cette ville, et ce crime…
Qui était ce monstre ? Pourquoi ?
Avais-je tué cet homme ? Étais-je une tueuse ?
Etais je si souvent ivre et inconsciente que j’aurais pu oublier et ne pas savoir que j’étais responsable de cet acte ?
Non la police aurait pu voir, et il y aurait eu des témoins… Avais-je tué cet homme ?
Le doute me courait l’esprit, je ne vis pas le plancher petit à petit s’affaisser...vers moi…je ne pris conscience ni de ma chute, ni de l’effondrement du plancher…la seul chose qui obsédait mon esprit était…

 « je suis coupable »





Épilogue


Je me réveillais sur un lit d’hôpital. Des aiguilles plantées dans le bras, et des tubes irritant ma bouche et mes narines. Une sensation très désagréable. Un cardio rythmait mon cœur. J’étais toujours en vie… J’étais sortie de cette ville…on m’avait sauvé…le méritais je vraiment ? Je n’avais donc pas oublié…ce n’était pas un  bad trip… tout était vrai alors…

J’entendais les médecins discuter

« Elle a fait une overdose lors d’une soirée… une soirée chargée apparemment… Un mort et une en coma. »
Une overdose…ceci était donc faux…c’était bel et bien faux…un songe…un cauchemar…
_ Elle a apparemment forcé subitement sur les doses suite à l’incident sur le balcon… Notre mort par chute mortelle
_ m’est avis qu’elle était liée a la personne…quand elle se réveillera il faudra lui demander les liens qu’elle avait avec ce personnage…allons la voir

Ils entrèrent dans ma chambre, sourire aux lèvres
« Bonjour…comment allez vous ? »
_ Qu’est-ce qui s’est passé ?
_ Vous avez fait une overdose, probablement un excès d’alcool et de drogue…on vous a récupéré vous étiez inconsciente au sol…
_ Vous m’avez sauvé ?
_ Oui mais on ne peut pas en dire autant de tout le monde. Vous souvenez vous de ce qui s’est passé avant votre coma ?
Désormais je savais…
_ Il y avait cet homme qui me harcelait toute la soirée… il m’a abordé sur le balcon et…je l’ai tué…par accident…
Un long silence se fit suite à cette révélation si soudaine…
_ C’était un accident, dis-je. Je n’étais pas consciente et je crois que le peu de conscience qu’il me restait je l’ai ensuite noyé dans l’alcool et la drogue pour oublier et ne pas assumer ce que j’ai fait…
_ Vous vous rendez compte de ce que vous nous dites madame ?
_ Oui je me rends compte…et il m’a fallu un certain temps pour réaliser
_ Vous êtes consciente que nous devrons en informer la police ?
_ faites…je ne veux plus vivre dans le mensonge…
_  Pourquoi nous le dire ?  Qu’est-ce qui vous pousse à nous révéler tout ça si vous êtes consciente de la gravité de votre acte ?

Je repensais à cette ville, à toutes ces horreurs. Aux monstres dans l’ascenseur, autour de la maison, à cette brume, et surtout à cet homme, à ce croque mitaine terrifiant…à toutes ces épreuves. Je me remémorais le nom de cette ville que j’avais entraperçue sur la route… finalement je murmurais
_ Silent hill…